Jérôme Contestin nous explique en deux volets les traditions taurines de la Camargue.
Dans le midi de la France, il est une terre sauvage encerclée par le delta du Rhône et la Méditerranée : LA CAMARGUE, c'est sur cette terre de marais et de plaines salées que vit depuis la nuit des temps une bête sauvage et farouche qui a toujours fasciné le peuple de ce pays.
Originaire d'Asie et du moyen-orient le taureau de Camargue chassé et persécuté par l'homme est venu se réfugier il y a des milliers d'années sur cette terre hostile qui lui a donné son nom et sa rusticité.
Cette contrée est balayée par un vent glacial l'hiver et envahie de moustiques, soumise à des canicules l'été. Ces conditions de vie difficiles lui ont donné une endurance à toute épreuve. Pesant entre 300 et 400 kg pour les mâles et 250 à 300kg pour les femelles, contrairement à son cousin Espagnol les cornes sont pointées vers le ciel et ses aptitudes physiques sont nettement plus développées.
Symbole de courage, de beauté et de puissance, le taureau a depuis toujours fasciné les hommes. Les premiers témoignages remontent aux années 1400 où le roi Louis II d'Anjou fit combattre un lion et un taureau dans la cour de l'archevêché d'Arles. A l'origine ce bétail qui vivait à l'état sauvage était élevé par l'homme pour la boucherie et le plus grand plaisir des valets de ferme était de temps à autre d'enfermer un taureau dans la cour de la propriété pour le défier et ainsi prouver son courage et se donner quelques frissons. Ce divertissement rural s'est ensuite étendu aux villes et villages puisque lorsqu'une de ces bêtes était menée à l'abattoir, on ne sait par quelle manigance il arrivait parfois que la bête échappe à la vigilance du boucher et fasse un détour par les rues du village pour distraire la population.
Il n'y avait pas à l'époque de jeux réellement définis et ce n'est qu'au milieu du 19ème siècle que l'idée est venue de fixer sur les cornes de l'animal des objets (saucissons, foulards, fleurs...) afin que des volontaires viennent s'en saisir. C’est dans les années 1890 que les éleveurs de taureaux prennent conscience de l’importance de la race de taureau 'Camargue' qui, grâce à sa morphologie et à sa combativité, le prédispose à la course plutôt qu’au travail ou à la production de viande. Aujourd'hui on compte environ 130 élevages 'manades' de taureau Camargue, une vingtaine d'entre-elles se disputant le cercle très fermé de la compétition, tandis que les autres vivent grâce au tourisme et aux spectacles de rues. Ces manades se composent en moyenne de 150 jusqu'à 300 têtes de bétail et pâturent sur des superficies relativement importantes de 100 jusqu'à 1500 hectares. Les terres de Camargue étant salées et donc assez pauvres, les bêtes ont besoin de beaucoup d'espace pour trouver leur nourriture. Ce qui leur procure une endurance et une forme physique que l'on ne retrouve pas chez le taureau de combat.
Ainsi dès le début du siècle, dans de petites arènes de fortune (les plans) formées par des charrettes et poutres en tout genre, voit-on s’affronter des taureaux de grande qualité et des hommes passés maîtres dans l’art du raset. On commence alors à fixer une cocarde sur les cornes du taureau, et des primes sont attribuées à celui qui ira décrocher l’attribut : c’est la course libre. A cette époque la piste est ouverte à toute personne souhaitant se frotter au taureau à ses risques et périls, et évidement les cornes n'étaient pas protégées.
C'est au début des années 1900 que sont construites les premières arènes en 'dur' comme à Lunel ou Beaucaire , et que de codifications en codifications la course libre devient la course Camarguaise, la piste est interdite aux gêneurs et seule la tenue blanche de raseteur est autorisée. Les fondements de ce sport sont alors posés et ce n'est qu'en 1975 que la course Camarguaise est reconnue par le ministère de la jeunesse et des sports avec la création de la fédération Française de la Course Camarguaise.
Deuxième volet : La course camarguaise aujourd'hui...
Evidemment la zone d'élevage et de pratique des jeux taurins s'est étendue avec le temps bien au-delà du delta du Rhône, et aujourd'hui la tauromachie Camarguaise trouve droit de cité dans 5 départements (Gard, Bouches du Rhône, Hérault, Vaucluse, Aude) . Chaque année environ 900 courses sont organisées. On distingue 5 catégories de course :
- ECOLE TAURINE : Des raseteurs débutants affrontent de jeunes taureaux qui ont les cornes protégées par des emboulages.
- LIGUES : Les meilleurs éléments des écoles taurines affrontent des taureaux qui courent cornes nues et qui ont entre 3 et 5 ans .
- TROPHEE DE L'AVENIR : Les meilleurs éléments des courses de ligues qui sont jugés aptes par la fédération affrontent des taureaux un peu plus confirmés et qui ont un nom. C'est à ce niveau que la compétition commence avec un classement pour les hommes et l'élection du ''biou'' (taureau) de l'avenir qui récompense le meilleur espoir de la saison.
- TROPHEE DES AS : ce sont les vedettes de la Course Camarguaise, 22 raseteurs se disputent le classement et les taureaux vedettes luttent pour le titre de biou d'or. Le titre de biou d'or est la récompense la plus convoitée par les éleveurs , et il est difficile d'imaginer la fierté que représente ce titre pour un éleveur. Ce trophée est décerné depuis 1954 et la plupart des noms des taureaux lauréats sonnent comme des mythes pour les passionnés.
Des raseteurs comme Soler, Castro, Chomel, Ferrand, ou le dernier en date Allouani resteront également à jamais dans les mémoires .
A partir des courses de ligue, les raseteurs affrontent des bêtes cornes nues et sélectionnées pour le combat. Il ne faut jamais oublier que la Course Camarguaise est une passions sans concession et de 1881 à aujourd'hui 15 raseteurs on trouvé la mort sur le sable de l'arène .
En Camargue, contrairement à la tauromachie Espagnole, ce sont les taureaux qui ont leurs noms en grand sur les afffiches. Les Camarguais vouent une admiration sans faille à cet animal, il est l'emblème et la fierté de la région. Le taureau est ici partout présent : sur les ronds-points, les façades de maison, les vêtements... La passion des taureaux est quasiment une religion, c'est pour cela que l'on parle en patois de 'fé di biou' : La foi aux taureaux !
Les courses ont lieu dans les 150 arènes de la région (les plus réputées étant Lunel, Beaucaire, Le Grau du Roi, Châteaurenard, Sommières, Montfrin, Paluds de Noves, Arles, Nîmes...) de mars à novembre.
Une course se compose de 7 taureaux, soit du même élevage (Course Royale), soit de 7 élevages (Concours de Manades).
Les raseteurs défilent sous l'air de 'Carmen' de Georges Bizet et viennent saluer le président de course.
- Une 1ère sonnerie de trompette annonce la sortie du taureau. Le taureau sort du toril et dispose d'une minute pour se repérer et trouver 'son camp', un endroit dans le plan où il pourra se défendre (généralement un angle).
La présidence annonce : le nom du taureau (s’il en a un), le nom de la manade et les primes des attributs (cocarde-glands- ficelles).
Lors des concours de Manades, le taureau, ou la vache cocardière, porte parfois la devise qui symbolise les couleurs de son élevage (non primée).
- La 2ème sonnerie de trompette invite les raseteurs à entrer dans l'arène.
Le raset se déroule en 4 temps :
*ler temps : le tourneur, un ancien raseteur, par des gestes et par la voix, attire l’attention du taureau pour bien le 'placer' et préparer une course favorable au raseteur (préparation du raset), le raseteur se met en position.
*2ème temps : le raseteur démarre sa course et déclenche la charge du taureau.
*3ème temps : le taureau et le raseteur se croisent, c’est la rencontre, le raset : avec son crochet, le raseteur essaie d’enlever un attribut : la cocarde d’abord, puis les glands, et enfin, la lère et la 2ème ficelle.
*4ème temps : fuite de l’homme au-dessus des barrières.
Le bon cocardier le poursuit jusqu’à taper contre l’obstacle : c’est le coup de barrière, salué par la musique de 'Carmen'.
Le taureau reste au maximum 15 minutes en piste.
- Une 3ème sonnerie indique le retour du taureau au Toril dès qu’il a été dépouillé (ou non) de tous ses attributs ou dès qu’il a couru 'son quart d`heure'. Plus les hommes ont du mal à affronter le taureau, plus le président monte les enchères et fait monter le prix des attributs. Sur les taureux les plus dangereux, lors de grands rendez-vous , certains attributs peuvent monter jusqu'à 1500 ou 2000€ .
La carrière d'un taureau peut durer de l'âge de 3 ans jusqu'à 14-15 ans, à raison de 8 sorties dans l'année. Le cocardier acquiert de l'expérience et peut développer un sens du combat impressionnant (placement en piste, anticipation de la trajectoire du raseteur, coup de tête lorsque l'homme avance sa main, sauts au-delà des barrières...) .
Certains taureaux qui ont marqué l'histoire de la course ont été élevés au rang de véritables idoles, les noms de 'Gandar' de Blatière, 'Barraie' de Lafont, 'Tristan' de Saumade ou 'Camarina' de Chauvet dégagent une odeur de respect et même 30 ans après leur mort certains taureaux sont encore dans les têtes des anciens. Le taureau qui a déchaîné le plus d'admiration mais aussi de polémiques avait pour nom 'Goya', il a couru dans les anées 70-80, son adresse et son intelligence dans l'arène sont légendaires, il a été statufié grandeur nature de son vivant, à Beaucaire la ville natale de son propriétaire Paul Laurent.
A une époque où la modernisation et la mondialisation se font de plus en plus pressantes, la Camargue est restée un pays de tradition ! Le costume d’Arles ou Provençal pour les dames, le costume de gardian pour les hommes et les danses folkloriques sont incontournables pour ouvrir toute compétition ou fête de village.
« La coupo Santo » l’hymne du peuple Camarguais quant à elle clôture toutes les grandes manifestations. C’est une musique qui impose le respect, quasi sacrée pour le monde de la Course Camarguaise.
Les bandas et autres harmonies appelées ici « Penas » ont une place importante dans les fêtes du sud Est.
C’est d’ailleurs à ces fêtes de village et les spectacles populaires que je consacrerai mon prochain article.
Jérôme Contestin
Date de dernière mise à jour : 07/03/2012