Interviews 2

Vous trouverez dans cette page les interviews de Stéphane Courtiade, Romain Duplaa, Maylis Darritchon.

Archives des précédentes interviews à l'adresse suivante : http://mpcourselandaise.blogspace.fr/r11836/INTERVIEWS-HOMMAGES/ 

- Stéphane Courtiade (Interview réalisée par Cathy Carron)

Rencontre avec… STEPHANE COURTIADE : « L’INCONNU DE LA COURSE LANDAISE »

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Entraîneur au sein de la Ganaderia DEYRIS à Amou (40), mais également Clown & l'un des fondateurs de la troupe de Comiques « LOS PAILLASSOS », Stéphane Courtiade fait partie de cette grande Famille qu’est la Course Landaise. 2012 est pour moi une année de découverte de ce personnage atypique. Entraîneur d’un jour, clown d’un soir, ma curiosité m’a incitée à le rencontrer pour vous le présenter.

Stéphane, comment es-tu entré en Course Landaise ? 

J’ai réalisé mon 1er écart à l’âge de 15 ans. N’ayant pas les facultés pour percer, j’ai très vite arrêté puis je me suis lancé à l’entraînement. De plus, mes parents ne désiraient pas me laisser partir. Mon oncle Michel GAITS faisait partie de cette fratrie des hommes en blanc, c’est sans doute pour cela que j’ai décidé de suivre ses pas.

Peux-tu nous relater ton parcours ?

J’ai débuté en 1997 par l’Ecole Taurine. Apprentissage incontournable pour appréhender le métier. En même temps, j’ai effectué mes premières armes aux côtés de Popaul Deyris. Puis, en 1998, j’ai débarqué chez LATAPY, directement en Formelle. Je suis rentré directement dans le bain, je n’ai pas eu le choix. J’ai appris sur le « tas » prenant exemple sur des personnes d’expérience, tel que Jean-Pierre Napias. Toutefois les débuts furent difficiles et se sont déroulés dans la douleur : les mains en sang, il fallait repartir. Je ne voulais pas lâcher la vache, je me brûlais les doigts à chaque fois. La passion prenant le dessus, et  l’ambiance étant tellement bonne que je ne pouvais que repartir. . J’ai effectué 3 années dont je garde un très bon souvenir.

2002-2003 Passage au sein de la Ganaderia ARMAGNACAISE. 

2004, j’ai rejoins la « seconde » de chez DEYRIS.

2007 fut l’année de mon ascension en Formelle chez DEYRIS jusqu’à ce jour.

2001 DEYRIS avec TAUZIA.

Le travail d’un entraîneur en piste est très physique. Comment t’y prépares-tu ? Quelles sont, à tes yeux, les qualités requises pour être un bon entraîneur ? 

La préparation physique est inévitable et essentielle. En ce qui me concerne, je fais la jonction entre le rugby que je pratique au sein du Club Amollois, et la course.

Dans ta tête, Il faut être calme et posé, être «SUPER ZEN ». Physiquement il faut être échauffé pour répondre efficacement au comportement des coursières. Il faut s’adapter à leur attitude, essayer d’avoir toujours la maîtrise de la bête : être réactif (nerveux) et froid à la fois. Entraîner une jeune coursière, c’est d’abord essayer de la dompter et de la calmer. Par la suite, elle prend du vice, elles sont intelligentes. Les plus anciennes ne partent pas pour « rien », elles vont partir à coup sûr pour essayer de t’attraper. Prendre du plaisir à « jouer » avec la bête. Pour moi c’est toujours un JEU, il y a toujours une relation avec la bête. Tant que je prendrai du plaisir… 

Quel est le meilleur apprentissage pour un entraîneur ? 

Après l’école taurine, entamer une carrière d’entraîneur dans les courses de seconde catégorie est l’un des meilleurs enseignements. Il est toujours plus facile d’entraîner en Formelle. En seconde tu as des vaches à débuter, les arènes sont souvent en grilles, il faut être très attentif. Au moment où tu veux lâcher, le public peut bouger, la bête te part… la talenquère qui ne tient pas, tu te tiens à la talenquère, tu tiens la vache, tu tiens la grille, c’est là où tu dois savoir te maîtriser. Etant donné que tu attaques tout seul, tu es livré à toi-même et tu apprends par la force des choses : ou tu lâches, ou tu te débrouilles pour souffrir moins la fois d’après. J’en ai effectué un bon nombre de courses dans ces arènes grillagées, et encore aujourd’hui. Tu es obligé de te remettre en question  chaque semaine. C’est ça qui m’a appris. 

Les courses de seconde : C’est une bonne école pour débuter une carrière qu’elle quelle soit.

LA FAIBLESSE QUI T’AMENE A TA PERTE : ce qui est  grave c’est de ne pas te remettre en question, toujours croire que t’as une immunité alors que personne n'est indispensable.

Tu fais partie de ce que l’on appelle souvent « les hommes de l’ombre », est-ce frustrant ?

Le sentiment de « frustration » vient lorsque tu effectues un geste technique, ou quand tu détraves la coursière en peu de temps. Peu de personnes le reconnaissent et le perçoivent. Il suffit qu’un co-équipier te tape sur l’épaule ou t’envoie un clin d’œil pour te réconforter, à ce moment-là la frustration est oubliée. Oui, l’entraîneur fait partie de la famille des « hommes de l’ombre », or son rôle est très utile et son travail minutieux. Nous ne sommes pas là pour briller, mais pour faire briller. On ne porte pas « les paillettes », de ce fait, nous devons rester à notre place. Certaines équipes sont plus remarquées et mises en valeur que d’autres, cela n’empêche en rien d’effectuer notre travail au mieux.

Que penses-tu si lors de la Corne d’Or à Nogaro, le public attribuait, tout comme la « Corne d’Or, le Cordier d’Argent, l’entraîneur de bronze » ?

Ce serait effectivement une reconnaissance pour le travail que l’on accomplit.

Tu connais la course depuis un certain nombre d’années. Comment vois-tu son évolution ? Quel regard portes-tu sur la course landaise aujourd’hui ? 

La Course Landaise a évolué avec son temps. Le public recherche plus d’émotion, il se lasse au fil des courses. Il souhaite plus de diversité, plus d’émotion et de danger. La course à ce jour est structurée de telle manière que c’est « toujours » la même chose.  L’esthétique ne suffit plus. La sincérité du torero n’a pas assez de place lors des courses de nos jours. Un écarteur doit aujourd’hui « calculer », surtout en fin de saison pour s’assurer ; il n’est plus libre de s’exprimer librement en piste. Le pointage est trop lourd. La liberté d’expression en piste est réduite par la tenue des challenges. 

Il faut du pointage, sinon ça deviendrait platonique, mais peut-être pas autant. C’est contradictoire, car le challenge devrait apporter la réalisation d’un « bon spectacle ». Sa conception a besoin d’une bonne révision pour apporter une valeur ajoutée qui manque dans  nos courses.

Malheureusement tout le monde en pâtit : l’ensemble de l’équipe, le Ganadero, le public, sans oublier les comités. Cela dit, il faut tout de même un peu de compétition. 

Je suis adepte des courses avec des vaches dures et gaillardes qui fulent, pas des rails, seulement Il faut penser à « économiser » les hommes parce qu’il faut qu’ils tiennent toute une saison.

Comment appréhendes-tu une vache nouvellement encordée ?

Ces sorties m’apportent un moment de plaisir personnel : c’est à nouveau un JEU entre la nouvelle et moi : la faire rentrer, me faire rentrer dans la talenquère, que du délice. Je prends beaucoup de satisfaction à essayer de la soumettre, à jouer avec elle, voire me faire chatouiller. C’est dans ces moments-là où je peux me lâcher, là où je ressens cette adrénaline qui me pousse à la dominer, à aller au bout de moi-même et voir à l’extrême. 

Toutefois, Il ne faut pas faire n’importe quoi. C’est dur, mais c’est là où tu vois la qualité de l’entraîneur.

Une sans corde récalcitrante, ne souhaitant pas rentrer dans sa loge, tu vas spontanément aller la chercher dans son terrain pour l’empoigner. Est-ce pour toi un jeu, un défi ? 

Je préfère me hasarder à l’empoigner car tu es sûr de l’épargner et de la protéger. Cela permet également de gagner du temps.

D’autres préfèrent la pose du lasso pour la beauté du geste. Néanmoins, la bête va balayer, se fatiguer, taper contre les planches, au risque de se blesser. En l’attrapant tu es certain de la préserver. Ce n’est pas un défi, c’est toujours un jeu.

En « seconde », avec Gilles Béguery, on a envie de l’attraper, on va même « se battre » pour y arriver… 

As-tu une coursière « préférée » ? 

Zamora, coursière compliquée. J’aimais me confronter à elle tout en gardant ce jeu.  Elle essayait toujours d’avoir le dessus sur l’entraîneur. La résistance était là ! J’appréciais les sorties avec elle.

Tu as participé à l’édition de la Nuit du Toro 2012. Une préparation physique et mentale, propre à ce genre d’évènement, est-elle nécessaire, ou bien l’as-tu abordée tout naturellement ?

Mon tempérament contribue à appréhender ce type de spectacle tout naturellement. De plus, je n’ai pas eu le temps de m’y préparer avant, pris par mes obligations professionnelles.  Evidemment, je regrette de ne pas avoir partagé l’avant spectacle : ces échanges si « particuliers » avant le paséo, un regard, un sourire. Cependant, tu pars en confiance, tu sais qu’il n’y a pas de place à l’improvisation, l’organisation étant quasi parfaite, ça va très vite. Tu te mélanges là-dedans, tu es pris dans le tourbillon, tu te laisses guider tout naturellement. L’émotion je l’ai vécue la première fois où j’ai côtoyé les taureaux.

Tu as récemment accompagné Nicolas Vergonzeanne à Zaragoza. Peux-tu nous confier tes impressions ?

Physiquement très surpris car les Arènes de Zaragoza sont dotées d’une très grande piste. Tu effectues rapidement une réelle remise en question. Ceci étant, tu es très vite « porté » par cette ambiance hispanique. Le public véhicule un autre engouement. C’est beaucoup plus entraînant,  plus vivant, il réagit beaucoup plus. L’émotion était au rendez-vous.  La despedida de Nicolas, très ému, et nous contents d’être là, j’ai vraiment éprouvé une sensation très forte. C’était impressionnant ! Des arènes remplies, ça te prenait vraiment. Nous, un petit noyau aux côtés des espagnols, nous formions un ensemble.

La solidarité d’une équipe est primordiale dans n’importe quel sport. En Course Landaise, est-il facile de maintenir « un esprit d’équipe » ou est-ce délicat de nos jours ? 

L’esprit d’équipe est primordial dans tous les sports. Avant la course, l’esprit est là. Pendant le spectacle, c’est plus compliqué, car c’est avant tout un sport « individualiste ». En fonction des sorties et des blessures, tout le monde ne peut pas forcément se « présenter » devant les vaches dures. La saison étant longue, certains Toreros sont obligés de « calculer » pour ne pas faire n’importe quoi afin d’accéder en haut de l’escalot.

Après, les autres, comme on les appelle chez nous : les seconds couteaux et les porteurs d’eau risquent de se blaser s’ils jouent « leur peau » devant les vaches dures afin de préserver le « champion » sans jamais recevoir une tape amicale ou un remerciement. 

A-t-on toujours envie de partir faire course ? 

Disons qu’il y a des places plus difficiles que d’autres. Si l’équipe est un peu affaiblie, tu sais  que ça va être dur et très long. Après, tant qu’on prend plaisir, tu as toujours envie de partir justement pour retrouver cet esprit de camaraderie, de revoir tes copains, de retrouver cette « petite famille ». Le poids des courses, la fatigue, peuvent t’apporter un léger blues, mais il ne dure qu’un instant.

 

Parlons un peu du Public. Penses-tu que le coursayre de 2012 a changé dans sa vision de voir la course, dans son état d’esprit ? 

Tu fréquentes toujours les mêmes spectateurs. Tu vois toujours les pros, ils n’ont pas changé. Tu as ceux qui vont te supporter que ce soit bien ou mal. Ils ne sont pas plus exigeants. Le public est resté le même.

Il y a toujours l’avant course, la course et l’après course. Cette dernière est elle importante à tes yeux ? A-t-elle changé au fil des années ? 

L’après course est un moment privilégié. C’est comme la troisième mi-temps en Rugby. Quand on a passé un moment difficile, c’est un moyen qui te permet d’évacuer, de resserrer les boulons, de se parler, choses que tu ne peux pas faire quand tu es en piste.

Les après course ont changé, elles ont dû évoluer, comme pour tout, dans tous les sports. On ne connaît plus les bringues d’antan. Mon meilleur souvenir reste chez Latapy : j’ai vécu des moments mémorables avec de super gars et une ambiance terrible. Aujourd’hui, tu ne peux plus te permettre de rester avec les comités comme tu restais avant, c’est différent. Cela fait partie de mes regrets.

Le Championnat de France 2012 vient de se dérouler. Peux-tu nous confier tes impressions ?

L’organisation reste la même. Le public était content. Les Toreros ont mérité leurs titres.  Vincent a joué le jeu. Il savait qu’il n’y avait pas de vaches dures pour lui donc il a attaqué d’entrée. 

Comment vois-tu ton avenir ?

Je me remets en question chaque année. Je fais mon maximum, je ne pars pas avec à l’esprit l'idée que je serai à mon poste pour 10 ans ! Dans ce milieu, tu sais que du jour au lendemain tu peux être remercié. Si cela devait m’arriver, j’aurais forcément des regrets. Il ne faut jamais penser qu’on est à son poste pour durer. De nos jours, on regarde TOUT. L’aspect financier prime sur le côté sentimental (connu autrefois) et sur la qualité des hommes. De plus, tu es toujours le dernier au courant.

Et celui de la Course Landaise ?

Elle perdure depuis des années et elle continuera parce qu’il aura toujours des jeunes qui auront envie de se frotter aux cornes, et fort heureusement. Il y aura encore des Comités qui auront envie de faire vivre leur village et de conserver cette identité propre à notre culture taurine. Pour moi c’est une tradition. Nos anciens ont été les (pionniers) bâtisseurs de cette coutume associée à nos villages, à nos âmes, qu’il faut absolument préserver.

Il faut qu’elle évolue par le biais d’une Fédération sportive, en revanche cela me laisse un sentiment  nostalgique ; pourtant, il faut vivre avec son temps !

Malheureusement de nos jours, tu ne peux plus faire carrière comme tu faisais avant et cela devient « handicapant ». A un moment donné, il faut faire un choix entre ta vie professionnelle, et l’exercice de ta passion.

A ce niveau-là, la Fédé pourrait peut-être faire quelque chose : essayer de trouver des Entreprises susceptibles d’employer des acteurs, sous forme de parrainage. Assurément, ce n’est pas chose aisée. Un employeur reste réticent à l’embauche d’une personne qui à tout moment peut être immobilisée un certain temps, c’est compréhensible, avec en prime tous les effets de la crise aujourd’hui.

Pour toi, qu’est-ce qu’un bon Torero ? 

C’est celui qui essaie de faire le maximum à chaque fois et à chaque écart. 

Une bonne vache de course ?

C’est une coursière qui ne se laisse pas faire, qui a « besoin » d’être tenue par le cordier. Sans le cordier elle ne transmet rien, c’est un « rail ». La jeune vache sort « pure ». Elle évolue, elle prend du vice et aura un avenir à partir du moment où le Cordier aura su la canaliser, la guider ; sans négliger toutefois la manière dont elle sera écartée.

C’est facile de dégoûter une vache ; si le cordier la « flambe » d’entrée, elle n’a plus envie d’aller mettre la tête. 

Seulement, si elle se laisse écarter sans difficultés sur les 2 cornes, ce n’est pas une coursière digne de porter ce nom. Une coursière est une bête où tu arrives à trouver sa « corne dure » et qui prend du vice.

As-tu vécu des blessures, physiques, morales ? 

Sur le plan physique, quelques points de suture. Sur le plan moral, plus ou moins quand tu t’y attends ou quand tu ne t’y attends pas. Quand tu es bien dans une équipe et qu’après on te dit qu’il faut que tu partes, c’est toujours délicat. L’année que j’ai passée aux côtés de Gilles Tauzia, nous avions réalisé une très bonne saison. Gilles m’a beaucoup appris ; de plus on s’entendait très bien. Lorsque Jean-Louis DEYRIS m’a annoncé mon départ, j’ai été blessé et amer ce jour-là, mais au fond de moi, j’étais content, car il avait eu le courage de me dire les choses en face. (il m’avait pris à part pour me prévenir, chose qui ne se faisait pas).

La franchise est une qualité que je respecte et que j’applique. Elle devrait se développer un peu plus dans notre milieu.

Lors de mon départ de chez Cathy Agruna, j’avais le choix de rester en formelle, néanmoins j’ai préféré rejoindre la course en seconde. C’était un challenge : remonter une équipe qui tenait la route. De là, j’ai retrouvé cette profonde ambiance. Pas de stress, sans pression, j’ai repris du plaisir avec une équipe "costaud" pour l’époque.

Tu travailles avec Jean-Louis Deyris et Eric Merville. Quels sont tes rapports avec eux ?

Jean-Louis DEYRIS est le Patron, en tant que tel je dois le respecter. Je reste à ma place. Si on me tend la main, je vais la saisir, si un conseil m’est sollicité, je vais le donner. Le dialogue reste un élément majeur dans l’entente Ganadère – Acteur. Par la force des choses, les Ganadères actuels, sont devenus des « Chefs d’Entreprise ». La rentabilité est primordiale pour sa survie.  Toutefois, cela demeure une passion.

Maintenant, nous allons passer à l’autre facette de Stéphane Courtiade, nous allons à la découverte du clown de l’arène. Comment t’es venue cette vocation à faire rire les gens ? Il faut vraiment te voir en piste ; tu passes avec aisance de l’entraînement à faire le pitre sous ton déguisement ! Comment passe-t-on de la piste au rire ? Tes premiers pas se sont déroulés de quelle manière ?

Ce n’est pas une vocation, c’est avant toute chose un plaisir. Mes débuts se sont déroulés lors des toros ball, à AMOU, avec Nicolas Commarieu et Ulrich Texier. Nous mettions sur pied des « parodies » sous des thèmes divers ; nous sommes passés déguisés en rasta rocket aux pyjamas en bifurquant sur les « Gueux de St Litron (parodie des gymnastes de St Girons», et j’en passe. On faisait n’importe quoi ! mais on s’amusait comme des fous. Equipés d’un Bobsleigh, nous étions 7 ou 8 en rasta rocket et nous animions le toro ball. 

Les équipes de clowns étant faites, on ne pouvait pas monter un nouveau groupe. Mes premiers pas se sont déroulés aux côtés de Didier Laplace. Puis l’opportunité nous a été donnée de « réaliser » notre propre numéro. L’identité a vite était trouvée, les grandes lignes étaient tracées. L’ensemble de l’équipe doit contribuer à faire « rire » le public, tout en prenant un malin plaisir à jouer avec la coursière et faire que chacun puisse prendre son pied. 

Il est vrai que je suis d’un naturel enjoué. J’adore plaisanter, je suis toujours le premier à faire le pitre.

« Los Paillassos » ont vu le jour en 2008. Au fil du temps, nous avons varié le numéro.

Combien de temps faut-il pour « monter » un numéro de clowns ? 

Pour construire un numéro, ça nous a pris tout l’hiver. J’ai trouvé la trame, avec des idées toutes aussi farfelues les unes que les autres : c’était « toujours plus ». Mes collègues Nicolas & Lilian me freinaient et inversement. Chacun y a apporté son petit grain et son analyse, en se laissant porter par son imagination bouffonne, d’où l’intérêt d’être les trois. Par la suite, il faut dénicher les déguisements, adapter les musiques,  et le tour est joué. 

Faut-il le renouveler ? 

Il faudrait renouveler le numéro sur tous les plans. Seulement le matériel coûte très cher, le public est de moins en moins généreux : les pièces de 1 euro sont remplacées par les jetons de caddies qui sont très pratiques pour aller faire les courses ménagères… On a des idées, mais l’aspect financier nous bloque. En conséquence, si des âmes charitables, des mécènes veulent se manifester, Los Paillassos sont à leur écoute et à leur disposition.

Vous formez un trio exceptionnel, Nicolas, Gilles et toi. Quel est votre secret ? 

Nous sommes très liés. Une forte amitié, assistée d’une grande complicité nous unit. On s’entend très bien, on cultive cet esprit d’ineptie (bêtise/ânerie), que ce soit en dehors ou à l’intérieur des arènes. On se tend des pièges, on JOUE, on se lance la vache dessus, on se chambre toujours de l’un à l’autre, les 2 contre 1, ça tourne, ça commence avant le début du spectacle, ça perdure jusqu’au bout. A la fin, on fait le débriefing. Il nous arrive de faire des reprises. Fatalement, nous tournons souvent autour des mêmes bouffonneries. Ce qui nous plait c’est d’aller au contact de la bête. Plus elle est innocente et mieux c’est : moins tu prends de coups ; mais on ne choisit pas. On vit une véritable OSMOSE.

Lorsque vous rencontrez le public après votre numéro, quel « retour » avez-vous ? 

Les spectateurs sont très contents. La ferveur que nous dégageons en piste lors du spectacle est fort bien ressentie par le public. Pour nous, c’est une énorme satisfaction car nous avons réussi à faire partager notre clownerie (facétie).

As-tu connu ou entendu parler du comique taurin Henri Saget, surnommé « Riri » ?

J’en ai entendu parler et on aurait souhaité le connaître. A l’époque, il y avait plusieurs équipes de Charlots.  Un Championnat de France de charlots était même organisé. Nous aurions voulu le réitérer parce qu’il est intéressant de se comparer aux autres.

 

Pourquoi te surnomme-t-on « Elvis » ?

Tout simplement lorsque je jouais au rugby à Habas-Pouillon en entente - Junior, j’avais la banane d’Elvis et je poussais la chansonnette. De l’association des deux est né mon surnom.

Que t’apporte la course landaise sur le plan personnel ?

C’est l’accomplissement d’une activité sportive, le désir de vivre ma passion, la faire partager, un peu d’argent et le  plaisir de se dépasser.

Cependant c’est avant tout le contact avec les gens qui est important à mes yeux. Côtoyer des personnes avec qui tu as envie de « batailler ». Des échanges forts que tu vis à travers la course.

Le plaisir de vivre ma passion, de la distribuer par le biais des échanges que je peux effectuer avec les autres. 

L’exercice de la passion doit dépasser l’attirance du profit financier. Certes c’est un plus, mais quand tu débutes, tu le fais avec ardeur. Si tu ne vis celle-ci qu’au détriment de l’appât du gain, tu perds tout.  Malheureusement, c’est bien ce que l’on retrouve dans tous les sports, y compris dans la vie de tous les jours.  La Passion doit primer avant tout. 

Y a-t-il des Toreros, des Ganadères qui t’ont marqué ? 

L’ancienne génération : des personnes comme les frères Gitans, Ramuncho & Ramunchito, Didier Bordes, Philippe Descazaux, Jean-Pierre Rachou... Côté Ganaderia, la maison Latapy/Lassalle.  C’était un noyau, tu signais pour l’ambiance. C’était très dur en piste. Toutefois, comme par magie, tout s’effaçait par une étincelle lors de  la 3ème mi-temps. 

Quelles sont tes qualités et tes défauts ?

Commençons par les défauts : J’ai mon caractère ! Je ne le montre pas en piste. Je me cabre facilement, je ne vais pas chercher à comprendre : c’est rouge ou c’est blanc, je n’ai pas de demi-mesure.  Heureusement, la vie t’apprend. Il faut juste savoir en tirer les bonnes leçons.

Mes qualités :  je vais jusqu’au bout des choses. Fidèle en amitié, je ferais n’importe quoi pour mes complices. Ils savent qu’ils peuvent toujours compter sur moi.

Quel est pour toi le meilleur souvenir que tu gardes en mémoire ?

Mon passage au sein de la Ganaderia Latapy, avec Michel Lassalle.

As-tu des remerciements à adresser ?

Mes remerciements iront à tous les camarades avec qui j’ai eu la joie de travailler, qui m’ont transmis leur expérience : Jean-Pierre NAPIAS, Gilles TAUZIA, Christophe LACOSTE, Vincent LOREYTES, sans oublier Thomas BIGEARD et Lilian GARANX.

As-tu un hommage à rendre ?

Le premier hommage que je tiens à adresser, je le rendrai à un homme trop tôt disparu, en la personne de MICHEL BARETS, pour sa sincérité et sa simplicité.

Je tiens également à exprimer tous mes remerciements à NICOLAS VERGONZEANNE. Il a été le seul à m’avoir fait confiance. Il m’a donné la chance, le privilège et le bonheur de côtoyer les taureaux de près, mais aussi pour son parcours en Course Landaise, et au-delà des frontières. 

On connaît Stéphane dans les arènes. Mais quels sont tes autres centres d’intérêt, tes occupations, tes loisirs ?  

J’ai toujours rêvé d’être agriculteur. Je n’en ai pas eu la possibilité jusqu’à ce jour. J’ai acquis un terrain qui m’a permis d’y accueillir un lot de vaches qui « sortent de l’ordinaire » originaires du Pays Bas et d’Ecosse (BLACK BELTED GALLOWAY), ainsi que quelques chevaux pour de la randonnée. Je les élève, je fais le foin. Les journées sont courtes.

Mon ambition la plus chère est de conserver et de développer la souche des LACKENFELDER, que je suis le seul à posséder. 

 

Je dispose également des jersaises (la pigue/bretonne) de pure race.

Après ma journée, je m’occupe de mes bêtes. C’est un plaisir d’être au contact des vaches : tu les caresses, tu peux les manipuler. Elles ont toutes leur nom et une cloche. Il faut compter une boule de foin tous les 4 jours.

Je pratique également la mécanique.

As-tu un vœu à formuler, un rêve que tu souhaiterais réaliser ?

Ecarter, mais je pense que si je ne l’ai pas fait avant c’est que je n’avais pas les compétences pour exercer cet art. Néanmoins, j’aimerais un jour me faire plaisir en écartant, en petit comité, avec des personnes du terroir dans une ambiance conviviale.

Et si c’était à refaire ? 

Je referais la même chose.

Une conclusion ? 

Petit clin d’œil à mes collègues rencontrés au cours de ma carrière : ils m’ont surnommé : « l’inconnu de la course landaise » ; on m’a toujours confondu avec Ulrich TEXIER.

En aparté :

Pourquoi avoir si gentiment accepté mon invitation à cette « interview » ? 

J’ai accepté afin de faire partager ma passion. C’est aussi une bonne manière de pouvoir donner mon point de vue.

Personnellement, je suis très intriguée : comment arrive-t-on à laver plus blanc que marron ?

Certains font au « karcher » sur une planche. Mon secret : mettre à tremper avec de la lessive et frotter à l’aide d’un lavoir.

La combinaison entre ta passion et ta vie personnelle est-elle aisée ?

Je n’ai aucun souci. Je peux exercer ma passion en toute sérénité. Il faut trouver un juste milieu.

Pour conclure : lorsque cet été, j’ai demandé à Stéphane s’il pouvait m’accorder quelques instants pour vous le présenter, il m’a répondu "oui" sans sourciller. Je tiens à le remercier pour sa collaboration et pour le sérieux avec lequel il a répondu à mes questions. De sa franchise, de sa transparence, ces quelques lignes ont germé.

C’est un garçon passionné, acharné, allant jusqu’au bout des choses tout en sachant rester à sa place. Personne de fort caractère, assumant avec vigueur les conséquences occasionnées. Un homme AUTHENTIQUE, un VRAI, d’une grande simplicité. Humble jusqu’au bout des ongles, un grand Passionné de notre tradition landaise, un amoureux incontesté de la terre et du bétail.  Espérant vous avoir apporté un regard plus simple et plus vrai envers ce Monsieur aux multiples facettes, afin qu'il ne soit plus tout à fait "l'inconnu de la course landaise". Longue vie aux « Paillassos » et que vive la Course Landaise.

Bonne Route Monsieur Stéphane Courtiade.

Cathy Carron

- Romain Duplaa

Romain Duplaa, jeune écarteur au Grand Soussotte, répond aux questions de Didier Baradat.

- Maylis Darritchon (Interview réalisée par Michel Laurensan)

  

Elle est femme, basque et "expliqueuse"

Chaque année, le 8 mars, est organisée la journée des droits de la femme. Au début du 20ème siècle, en Europe et aux Etats-Unis, les femmes ont revendiqué l’égalité des droits, de meilleures conditions de travail et le droit de vote. Dans le milieu professionnel, force est de constater que de nombreux métiers se sont ouverts aux femmes : dans le bâtiment, dans les transports, dans la maintenance automobile. Je ne parlerai pas de celles qui ont pu accéder aux plus hautes fonctions dans l’administration, encore moins de celles qui sont entrées en politique, ne voulant blesser personne !!! 

Dans le milieu de la course landaise, elles n’ont pas été en reste. Souvenons nous d’Adèle Pabon, la ganadére aturine, de Lucette Dargelos, de Gisèle Inchauspé. Cathy Agruna, Paulette Lesbarrères et Laurence Ladousse sont de nos jours toujours à la tête d’une ganaderia.

Certaines n’ont pas hésité un jour à revêtir le boléro pour affronter une coursière, avec beaucoup de réussite d’ailleurs. D’autres se sont investies à divers degrés au sein de la FFCL aussi bien dans les diverses commissions qu’à la pitrangle.

Dans notre mundillo, on s’aperçoit que la représentativité féminine est présente dans tous les secteurs. Cependant, il en est un qui est resté très longtemps  sans aucune présence féminine,c’est celui des animateurs de courses landaises. Mais depuis maintenant plusieurs années, une charmante dame, à la voix claire et pure officie au micro.

Pour "Course Landaise Magazine" et afin de mieux vous la faire connaître, Maylis Darritchon, enfant de Labastide Clairence, un charmant village du pays basque a accepté avec beaucoup de gentillesse de répondre à nos questions.

Comment avez-vous découvert la course landaise ?

Je suis née la même année que la création de la ganaderia par mon père, Michel Darritchon, en 1968, ganaderia installée à Labastide Clairence. Je dirai que je suis pratiquement née avec une paire de cornes !!! Mon père Michel est allé au bout de sa passion en se lançant dans l’élevage après des débuts prometteurs comme écarteur, et il nous à tous entraînés avec lui.

Avez-vous occupé certaines fonctions dans la ganaderia avant de devenir animatrice ?

Comme dans une entreprise familiale et agricole, dès que notre force physique nous l’a permis, vers 11 ans environ, nous avons tous les trois (ma sœur Véronique, mon frère Guillaume et moi) été impliqués dans les soins aux vaches, principalement durant les saisons et donc les vacances scolaires. Cela fait partie de notre éducation au travail et de notre culture de l’effort : réveil à 6 heures, distribution de l’aliment et du foin, graissage des têtières et vérification des câbles, lavage des camions et j’en passe….

Puis, plus tard nous (je parle toujours de nous trois) avons contribué de différentes façons aux spectacles : publicité (affichage, voiture sono, mailings d’hiver…) mais aussi caissières, ouvreuses et enfin «expliqueuse » (c’est le mot qu’utilisait notre vacher à l’époque et je pense que c’est le mot qui convient).

Concernant la piste, la seule fois où l’envie m’a prise d’y entrer pour un jeu d’amateur, mon père m’a fait signe que ma place n’était pas là !!! Mon frère quant à lui, n’est pas interdit de piste. C’est un bon raseteur et il sait animer des courses de rues ou des inter vaches en piste tout en rasetant. Il est énooooorme !!!!! 

Comment êtes-vous devenue débisaïre, par vocation ou pour remplacer un jour un autre speaker ?

Il a fallu que ce soit ma mère qui me rappelle mes débuts pour pouvoir répondre à votre question. J’ai toujours été très à l’aise pour l’animation dans mes activités scolaires et d’adolescente. Je trouvais du plaisir à faire du théâtre. Je ne pense que ce soit une vocation, non. La toute première fois c’était à Bardos suite à l’absence du speaker prévu. Ce jour-là, c’est avec Jean Garat et un énorme tract que j’ai coanimé cette course. Puis, la véritable grande première fut à Ascain sur injonction de mon père suite à l’absence du speaker programmé. Avoir écouté  auparavant des centaines de courses aide bien lorsqu’il s’agit de faire ses débuts, mais cela dessert lorsqu’il agit des mêmes commentaires entendus durant 20 ans; c’est formatant et lourd. Alors je suis allée écouter d’autres débïsaires : Jacky Lanot mon parrain de micro et modèle, Claude Barbe et Jean Lalanne que je trouve fins, concis et originaux au micro. C’est principalement grâce à eux trois que j’ai tenté de faire mon registre. Ils m’ont été d’une grande aide (sans le savoir je pense) quand j’ai débuté.

Pouvez-vous nous raconter votre première course ?

Je ne me souviens pas du lieu, et là aussi j’ai du poser la question à mon père qui cette fois ne m’a guère aidée. Pour moi, cette première course et beaucoup de celles qui ont suivi et encore parfois aujourd’hui, c’est comme si on vous jette à la mer dans une grosse barque remplie de passagers, une paire de pagaies, et qu’il faut rejoindre la berge pour ramener tout ce beau monde à bon port dans les meilleures conditions et heureux. Quand je finissais, j’avais l’impression de sortir d’un film et de revenir à la réalité. J’ai le tract à chaque fois mais dès que je dis le premier mot, je ressens comme une mutation, je rentre dans la bulle et j’ai l’impression d’être en piste avec la formation. C’est une très agréable sensation.

Je ne garde donc aucun souvenir de cette première course tout comme on ne se rappelle que rarement de ses rêves.

Quel est votre rayon d’action et avec quelles ganadérias ?

Le rayon d’action se situe dans les Landes, le Pays Basque et un peu le Gers. Concernant les ganadérias, j’ai juste commenté des spectacles de la ganaderia Darritchon puis de celle du Grand Soussotte qui me fait confiance depuis plusieurs années. Je me plais à être la débïsaire d’une formation, cela me permet vraiment de faire partie de l’équipe. J’ai souvent l’impression d’être en piste avec eux. J’ai beaucoup aimé aussi animer les courses de l’école taurine. J’en fais peu aujourd’hui, voire plus du tout; c’est sans doute que mes commentaires ne conviennent pas sur ce type de spectacle.

Si éventuellement vous vous produisez hors du Sud-Ouest, préparez-vous quelques notes sur la région où se déroule le spectacle ?

Je n’ai pas eu beaucoup d’occasions d’aller hors du Sud-Ouest mais quand le cas se présente, je tâche en effet de me documenter. Je suis allée en Camargue avec le Grand Soussotte il y a quelques années mais c’est très exceptionnel.

Lors des courses au Pays Basque, faites-vous une présentation de la course landaise ? 

Oui, absolument. Mon père et ma sœur sont très exigeants  (timing, éviter les lourdeurs, les incontournables à ne pas oublier…) avec moi  et mon frère (qui me relaie de temps en temps). Je tâche de répondre à toutes leurs attentes. L’objectif que je poursuis et que je partage avec la formation en piste lors des courses au Pays Basque, c’est bien de faire découvrir, comprendre et autant que possible faire aimer la course landaise. J’introduis avec un peu d’histoire et je saupoudre avec des informations pratiques tout au long du spectacle, tant sur l’élevage que je connais bien, que sur la technique des exercices, et différentes anecdotes qui peuvent intéresser les spectateurs novices. D’ailleurs, lors de nos spectacles, nous invitons le public a venir approfondir    ses connaissances en venant visiter l’élevage à Labastide. Ainsi, chaque semaine, une cinquantaine de personnes vient nous rendre visite. 

C’est un vrai plaisir d’avoir ainsi des retours sur les spectacles. J’essaie autant que possible de ne pas «saouler » l’auditoire et de mettre en avant au maximum le travail réalisé par tous les acteurs y compris aussi les hommes de l’ombre. Je suis à l’écoute des critiques pour me corriger et j’apprécie en fin de course quand quelques spectateurs font un détour pour venir me remercier des explications et des commentaires.

Quels sont les endroits où se déroulent les courses au Pays Basque ?

Tous les lundi, en été, à St Jean Pied de Port; Tous les jeudis à Bidart; Tous les dimanches à St Pée sur Nivelle.

Quels sont les autres endroits où se produit la ganaderia ?

Les courses au Pays Basque sont le résultat d’une collaboration entre le  club taurin du Sud-Ouest (CTSO) et la ganaderia du Grand Soussotte. L’organisation générale est réalisée par le CTSO, le bétail et les hommes sont fournis par le Grand Soussotte. On évoque cette collaboration sous le nom de "ganadérias unies", mais en fait aujourd’hui, il n’y a plus véritablement de ganaderia Darritchon.

La ganaderia du Grand Soussotte quant à elle se produit un peu partout dans de belles places des Landes, du Gers et bien au-delà. Sur ce point Paulette ou Francis vous renseigneront mieux que moi.

Comment abordez-vous chaque course ?

Avec toujours un énorme tract et beaucoup d’appréhension. J’ai une profonde admiration pour tous les acteurs en piste et je redoute beaucoup les coups. J’ai vu mon père revenir si souvent blessé et parfois gravement que je ne peux m’empêcher d’être sensible à cela. Sinon, j’ai une grande chance avec la ganaderia du Grand Soussotte, c’est qu’avec les hommes en blanc (Christophe Lacoste et Didier Lux) je suis assurée de la fluidité du spectacle. Ils sont d’une efficacité redoutable ce qui permet d’éviter les longueurs pour le public touriste et ils sont de bons coachs en piste. Les écarteurs leur accordent une grande confiance. Quand je sais qu’ils sont là, cela m’enlève  un poids énorme au micro.

Cette année avec Yves Ladousse, et au regard de la présentation et des commentaires élogieux des jeunes à l’issue de la course sur leur chef, je pense que je devrais être encore plus rassurée. Il y a une belle équipe encore cette année. 

Votre meilleur souvenir d’animatrice ?

Question difficile s’il en est. Toutes les courses m’apportent du bonheur tant que l’on y propose de beaux écarts et qu’il n’y a pas de blessures.

Un mauvais souvenir ?

A Ascain, lors de la vache réservée aux amateurs, le portillon s’ouvre et la coursière quitte l’arène, passe derrière les loges (le vacher tente de l’attraper mais la rate), longe les gradins de droite et comme il y a une bâche au bout, elle fait demi tour. A ce moment-là, je vois mon père du haut de ses 60 ans passés qui plonge entre les cornes, qui se fait traîner et qui malgré tout reste coûte que coûte accroché de toutes ses forces. Et là je crie au micro «Papa !!!! ». Les hommes de piste viennent rapidement à son secours et rentrent la vache par là où elle était sortie. Mon père s’en tirera avec quelques coups un peu partout mais il me dira à la fin de la course : «tant que j’étais sur les cornes, je me disais qu’aucun spectateur n’y était ».

Vous le croirez si vous voulez, mais j’avais rêvé quelques jours auparavant à cette scène et les phrases de sécurité de mon rêve (prémonitoire) sont revenues comme si je m’y étais préparée. Sauf que mon père n’était pas dans le rêve.

Vous êtes la première femme à tenir un micro : en tirez-vous une légitime fierté ou cela vous laisse indifférente ?

Je ne suis pas particulièrement fière de cela, et au contraire j’aimerais bien que l’on soit plus nombreuses et que l’on soit  ainsi incontournables. Pourquoi ne pas imaginer des coanimations mixtes ?

Pour vous dire franchement, je serais fière si je ressentais une reconnaissance de la fédération par exemple, mais ce n’est pas le cas. J’ai même eu quelques commentaires rapportés peu aimables, même si pas vraiment critiques.

Comment vous accueillent les comités, le public, les écarteurs ? Sont-ils surpris qu’une femme tienne le micro ?

C’est là que je savoure la reconnaissance. Je n’ai jamais remarqué de la surprise de voir une femme au micro pour la bonne raison qu’ils sont généralement avertis. Les comités sont toujours et sans exception très accueillants (c’est sans doute lié à mon nom de famille aussi). Le public est reconnaissant et les acteurs en piste n’ont pas l’air de s’en plaindre.

Avez-vous connu des problèmes d’intégration, car comme vous le dites, vous êtes basque et femme ?

Tout se passe bien pour moi dans mon petit mundillo de la course landaise, mais je pense que jamais je ne serai vraiment intégrée et reconnue dans ce milieu de façon large, et je crois que c’est en particulier parce que je suis une femme et que mes commentaires ne sont pas assez «virils ».  

Etes-vous attirée par l’animation de courses formelles ?

J’aime les courses de plage. J’aime que mon auditoire soit là pour découvrir et j’aime l’accompagner dans cette découverte.

J’aurais pu être attirée par la course formelle à mes débuts, mais aujourd’hui je n’y pense presque plus. C’est un tout autre spectacle et je ne suis certainement pas assez «pointue » techniquement pour animer ce type de course. J’aimerais quand même avoir une chance un jour, histoire d’en avoir le cœur net.

Vous vous définissez comme une animatrice, une speakrine ou une débisaïre ?

Je l’ai dit plus haut, plutôt comme une « expliqueuse ». Je pense que mon rôle est bien d’expliquer ce qui se passe, d’encourager le travail en piste et de gérer le temps.

Que vous apporte ce rôle ?

Je suis très heureuse d’occuper ce rôle car cela me permet de rester proche du monde la course landaise dans lequel je suis née. Comme je l’ai dit plus haut, j’ai vraiment la sensation d’être «dans » le spectacle.

Quels sont les acteurs qui vous ont marqué, tant dans la ganaderia de votre père que dans d’autres, qu’ils soient en activité ou pas ?   

Bien sûr mon père, que je vois encore dans la même course écarter, puis écarter et sauter en boléro les nouvelles, lâcher les vaches et faire le clown pour les enfants…. un vrai marathonien !!

Ramunchito qui était mon idole et que j’ai eu l’occasion de croiser régulièrement, Bernard Huguet que j’admirais et qui était l’un des meilleurs amis de piste de mon père.

Si je dois donner quelques noms contemporains, je dirai Gaétan Labaste, Vincent Muiras, Mathieu Noguès, et en seconde j’apprécie le travail régulier de Julien Lajus, puis comme je suis chauvine, je souhaite une belle et longue carrière à Romain Duplaa qui débute et qui est aussi de Labastide Clairence. 

CLM : Merci à Maylis d’avoir bien voulu répondre à nos questions sans langue de bois et avec beaucoup de verve. Normal elle est « expliqueuse ».

Née au milieu des coursières dans cette magnifique ganaderia de Labastide Clairence, elle est la digne fille de son père Michel Darritchon, qui avant d’être ganadero fut un excellent écarteur de formelle sous le nom de piste de Chiquito.

La fibre coursayre vibre en elle, et cette passion elle la transmet de sa voix claire et pure au micro pour le grand plaisir des spectateurs.

Michel Laurensan

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Date de dernière mise à jour : 06/01/2016